Licenciés pour propos tenus sur Facebook
Par Sebdu62 le vendredi 21 mai 2010, 14:21 - Le saviez-vous "Juridique" - Lien permanent
Comme vous avez pu le remarquer, notre modérateur, celui-là même qui anime la plateforme des espaces collaboratifs de RegionsJob, apprécie évoquer avec nous le cas croustillant de Facebook pour se pencher notamment sur le principe de la confidentialité des données qui nous concernent. Vous pouvez d'ailleurs retrouver sur son blog un article intitulé "Facebook et la vie privée : l'évolution des paramètres par défaut" et un autre intitulé "Votre compte Facebook est-il sécurisé" que je vous invite de ce pas à lire ! (et en passant, profitez pour voter et/ou vous inscrire au concours blog emploi qui va bientôt démarrer !!). Je ne résiste donc pas à l'envie de vous parler un peu d'une affaire aujourd'hui médiatisée de salariés licenciés suite à des propos tenus sur ledit Facebook...
J'ai (nous avons) appris, via Internet, hier que trois anciens salariés d'une structure ont été licenciés pour avoir tenus des propos critiques vis-à-vis de leur hiérarchie et de la direction des ressources humaines sur Facebook un samedi soir. Un quatrième larron (que je n'apprécie déjà pas sans même le connaître...curieux, non ?) qui est dans les contacts des salariés en tant qu'ami (comme quoi "ami" dans facebook c'est un bien grand mot...) balance (attention ! j'ai dit qu'il balance et non que c'était une balance... c'est la constatation d'un fait et non un jugement de valeur !) les propos des collègues (vous voyez... il balance les propos des collègues mais pas ses collègues... ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit!) à son bien aimé employeur... Deux des anciens salariés ont décidés de porter l'affaire devant les prud'hommes. Leur avocat estime qu'il s'agissait d'une conversation privée au même titre qu'une conversation en soirée autour d'un verre.
Qu'ont dit les conseillers prud'homaux ? Pas grand chose... Rappelez-vous (je vous invite pour vous rappelez, ou pour découvrir, à aller voir mon dossier prud'homme et notamment l'article qui traite de la constitution des prud'hommes), les conseils des prud'hommes sont composés à parts égales de conseillers salariés et de conseillers employeurs, par conséquent, s'il y a deux opinions divergentes à parts égales, le conseil des prud'hommes repoussent sa décision car l'affaire sera départagée par un juge professionnel (juge départiteur). C'est ce qui s'est passé ici, l'affaire n'est donc pas réglée au moment de la rédaction de ce post. Et on peut le comprendre puisque cela est bien délicat, la presse (et les salariés "facebookers") attendent la décision avec impatience. En tous les cas, quelle que soit la décision des juges, il faut bien comprendre que :
- Pour que des propos tenus pour dits par un salarié entrainent une sanction d'une telle ampleur, les juges doivent rechercher si le comportement du salarié a causé un trouble objectif au sein de l'entreprise . Et cela dépend de plusieurs choses, notamment la taille et l'activité de l'entreprise, les fonctions du salarié, la nature des propos, le contexte dans lequel ils ont été tenus, etc.
- La décision sera rendue par un tribunal du 1er degré. Elle ne pourra pas donc faire jurisprudence (comme je le vois dans la presse...). Qui sait ce que va dire la Cour d'appel ? et après elle, la Cour de cassation ? En effet, la Cour de cassation, la plus haute juridiction judiciaire, aura le dernier mot en la matière (enfin, dernier mot.. tout est relatif... le législateur peut désavouer la position de la Cour de cassation en légiférant ce qui est déjà arrivé).
Quoi qu'il en soit, on se rend bien compte qu'il faut faire sérieusement attention à ce quon dit sur Facebook (et à ses "amis" Facebookiens !). Internet est un lieu public et malgré toutes les précautions d'usage que l'on peut faire, tous nos propos ne sont pas pour autant topissimement secret... les paroles volent, et les écrits restent comme on dit...
Pour terminer... mon opinion sur la question... (comme si elle avait un intérêt ! pfff... mais bon, je vous la donne quand même !). Premièrement, si vous ne l'avez pas compris... je n'ai pas une bonne impression du 4ème larron "ami". Mais bon, ce n'est pas très juridique ou ressources humaines tout cela. Deuxièmement, j'aurais tendance à dire, en tant que responsable de personnel, on me ramène des propos venant de facebook d'une discussion de salariés, je ne le prends pas forcément bien mais je ne vais certainement pas envoyer une convocation pour un licenciement ! Et enfin troisièmement, d'un point de vue un peu plus technique, j'aurai tendance à dire qu'un profil vérouillé de partout, est un espace privé, si un salarié crée un espace ouvert au public où il ne verouille pas, ça devient comme un blog, consultable par n'importe qui et donc un espace public. Non ?
Commentaires
Merci pour cet éclairage juridique bienvenue, reste à savoir ce que décideront les juges, car tous attendent, comme tu dis, le verdict avec impatience...
Sebdu62, voilà un point de vue qui fait œuvre pédagogique.
Moi, avec le développement de la Toile, j'ai adopté une ligne de conduite. Tout ce qui circule sur le Net devient "public" et peut tout aussi bien servir que desservir. Donc, j'y réfléchis toujours à deux fois avant de diffuser une information. Quant à FaceBook, je boycotte : hors de question d'y participer.
@ + Pierre-Antoine
Je ne comprends pas très bien le problème juridique dans cette affaire, car si leurs profils étaient verrouillés (ce qui est manifestement le cas sinon le 4eme salarié n'aurait pas eu besoin de faire un copier coller ou rentrer dans sa session pour faire lire les propos)alors la preuve du dénigrement a été obtenue de manière peu recevable (car il s'agit d'un compte privé, à l'instar des fichiers privés au sein de l'ordinateur du salarié arrêt Nikon) et le licenciement est de ce fait sans cause réelle et serieuse. Ici pas la peine de rentrer dans le débat sur les conséquences du dénigrement. Vous n"êtes pas d'accord avec ce raisonnement?
Mon opinion est clairement précisée à la fin de mon post :"Et enfin troisièmement, d'un point de vue un peu plus technique, j'aurai tendance à dire qu'un profil vérouillé de partout, est un espace privé, si un salarié crée un espace ouvert au public où il ne verouille pas, ça devient comme un blog, consultable par n'importe qui et donc un espace public"
Merci pour cet article bienvenu !
Je suis dans un cas un peu similaire.
Je suis, en effet convoqué la semaine prochaine, par le RH, pour une critique, faite sur mon facebook, sur des fautes d'orthographes faites par un de mes collaborateurs (bien entendu, je n'avais nommé personne à l'époque). Un collègue ("amis" facebook) a réussi, par je ne sais quel moyen a trouver de quel collaborateur il s’agissait, et a imprimé ma page pour la distribuer dans l'entreprise.
Ma convocation est fixée à vendredi, 10h.
@manudu62egalement : décidément... indépendamment du ressort du juridique, je persiste à trouver cela vraiment petit... bon courage